Guide de laboratoire

Synthèse peptidique en phase solide (SPPS) : comment un peptide de recherche est fabriqué

De la méthode de Merrifield à la chimie Fmoc : le cycle de synthèse, l'origine des impuretés, et pourquoi un peptide long coûte plus cher qu'un peptide court.

9 min de lecture · Primal Research Desk ·

Bille de résine portant une chaîne peptidique en croissance, et le cycle de synthèse en quatre étapes : déprotection, lavage, couplage, lavage

Presque tous les peptides de recherche — du KPV à trois acides aminés à la tésamoréline à quarante-quatre — sont fabriqués par la même méthode : la synthèse peptidique en phase solide, ou SPPS (solid-phase peptide synthesis). Comprendre son fonctionnement permet de lire un rapport d’analyse avec un œil plus juste, et de comprendre d’où viennent les impuretés.

L’invention de Merrifield

Au début des années 1960, à l’université Rockefeller de New York, Bruce Merrifield a eu l’idée d’accrocher le premier acide aminé d’un peptide à une bille de résine insoluble, puis d’ajouter les suivants un par un. Le peptide en croissance reste fixé à la bille pendant toute la synthèse. Entre deux étapes, il suffit de laver la résine pour éliminer réactifs et sous-produits, sans aucune purification intermédiaire.

Publiée en 1963, la méthode a rendu la synthèse des peptides rapide et automatisable. Elle a valu à Merrifield le prix Nobel de chimie en 1984.

Le cycle de synthèse

La chaîne se construit de l’extrémité C-terminale vers l’extrémité N-terminale. Chaque acide aminé ajouté porte un groupement protecteur sur sa fonction amine, pour qu’il ne réagisse qu’une fois. Chaque cycle comporte quatre étapes :

  1. Déprotection : on retire le groupement protecteur du dernier acide aminé fixé ;
  2. Lavage ;
  3. Couplage : on ajoute l’acide aminé suivant, activé par un réactif de couplage (par exemple DIC/Oxyma, HBTU ou HATU) ;
  4. Lavage.

Le cycle se répète autant de fois qu’il y a d’acides aminés. Les chaînes latérales réactives — celles de la lysine, de l’acide aspartique, de la cystéine… — restent protégées pendant toute la synthèse. À la fin, une étape de clivage détache le peptide de la résine et retire toutes les protections en une fois.

Deux stratégies : Boc et Fmoc

CritèreBoc / BzlFmoc / tBu
Protection de l’amineBoc (tert-butyloxycarbonyle)Fmoc (fluorénylméthoxycarbonyle)
Déprotection à chaque cycleAcide (TFA)Base (pipéridine)
Clivage finalAcide fluorhydrique (HF)Acide trifluoroacétique (TFA)
Usage actuelCas particuliersStandard de l’industrie

La stratégie historique de Merrifield, Boc/Bzl, impose un clivage final à l’acide fluorhydrique, très dangereux à manipuler. La stratégie Fmoc/tBu, développée dans les années 1970, n’utilise que des conditions plus douces. Elle s’est imposée comme standard, notamment pour la production à grande échelle.

Le problème du rendement cumulé

Aucun couplage n’est parfait. Si chaque étape réussit à 99 %, la proportion de chaînes complètes et correctes diminue à chaque cycle :

LongueurRendement par étape 98 %99 %99,5 %
5 acides aminés90 %95 %98 %
15 acides aminés (BPC-157)74 %86 %93 %
30 acides aminés55 %74 %86 %
44 acides aminés (tésamoréline)41 %64 %80 %

C’est la principale raison pour laquelle un peptide long coûte plus cher. Le brut de synthèse contient davantage de chaînes incorrectes, la purification est plus difficile, et la quantité finale est plus faible. Pour les peptides très longs, on assemble parfois plusieurs fragments synthétisés séparément, par condensation ou par ligation chimique native.

D’où viennent les impuretés

Les impuretés d’un peptide de synthèse ne sont pas des contaminants extérieurs. Ce sont, pour la plupart, des peptides presque identiques au produit attendu :

  • séquences de délétion : il manque un acide aminé, parce qu’un couplage a échoué ;
  • séquences tronquées : la chaîne s’est arrêtée avant la fin ;
  • racémisation : un acide aminé est passé de la forme L à la forme D, surtout l’histidine et la cystéine ;
  • formation d’aspartimide : une réaction secondaire fréquente sur les motifs Asp-Gly ;
  • oxydation : la méthionine et le tryptophane s’oxydent facilement (+16 Da) ;
  • protections résiduelles : un groupement protecteur n’a pas été entièrement retiré.

Une séquence de délétion diffère du produit par la masse d’un seul acide aminé. Elle se détecte en spectrométrie de masse, mais elle peut être difficile à séparer en chromatographie.

Purification et lyophilisation

Le peptide brut est purifié par HPLC préparative en phase inverse. Les fractions qui contiennent le produit au niveau de pureté visé sont réunies, puis lyophilisées : l’eau est éliminée par sublimation sous vide, ce qui donne la poudre blanche que contient un flacon. Voir notre guide de conservation des peptides lyophilisés.

Pureté, contre-ions et teneur en peptide net

Le TFA utilisé lors du clivage et de la purification reste lié aux fonctions basiques du peptide, sous forme de sel de trifluoroacétate. Un échange peut le remplacer par un acétate, mieux toléré dans certains modèles cellulaires.

Il en découle une distinction essentielle :

  • la pureté (par exemple ≥99 %) mesure la part du produit attendu parmi les espèces peptidiques détectées en HPLC ;
  • la teneur en peptide net mesure la part de peptide dans la masse totale de poudre, contre-ions et eau résiduelle compris. Elle se situe souvent entre 60 et 90 %.

Un peptide pur à 99 % peut donc contenir nettement moins de peptide que la masse indiquée sur le flacon, si celle-ci désigne la poudre brute. Voir notre guide pour lire un rapport d’analyse.

Questions fréquentes

Que signifie SPPS ?

Solid-phase peptide synthesis, ou synthèse peptidique en phase solide. Le peptide est construit acide aminé par acide aminé sur une bille de résine.

Quelle différence entre Fmoc et Boc ?

Ce sont deux groupements protecteurs de l’amine. La chimie Fmoc, plus douce, est le standard actuel. La chimie Boc impose un clivage final à l’acide fluorhydrique.

Pourquoi un peptide long coûte-t-il plus cher ?

Parce que le rendement chute à chaque étape : avec 99 % par couplage, il ne reste qu’environ 64 % de chaînes correctes après 44 étapes, et la purification est plus difficile.

Quelle différence entre pureté et teneur en peptide net ?

La pureté compare le produit aux autres peptides présents. La teneur en peptide net compare le peptide à la masse totale de poudre, contre-ions et eau compris.

À lire aussi : Lire un rapport d’analyse de lot · Reconstitution d’un peptide de recherche · Choisir un fournisseur de peptides en France

Références

  • Merrifield RB. Solid Phase Peptide Synthesis. I. The Synthesis of a Tetrapeptide. J Am Chem Soc. 1963;85
    . DOI
  • Behrendt R, White P, Offer J. Advances in Fmoc solid-phase peptide synthesis. J Pept Sci. 2016. PubMed
  • Behrendt R, et al. Preventing aspartimide formation in Fmoc SPPS of Asp-Gly containing peptides. J Pept Sci. 2016. PubMed